Retour au sommaire

Joëlle-Andrée Deniot, Université de Nantes : Images pour une voix, Le langage scénique d’Edith Piaf. Les chants sont des images labiles du temps. Comme toute musique, les chansons incarnent cela d’abord dans leur propre matérialité mélodique et rythmique. Mais au-delà du signifiant sonore, les chansons s’accordent à une sémantique temporelle. Temps affectif de la mémoire, temps épique du récit, de l’histoire, scansion des cycles cosmiques, coutumiers, langage de l’anecdote, des chroniques, proto-langage des berceuses inaugurales que « votre mère vous chantait » … la liste est difficile à clore lorsqu’il s’agit d’évoquer cet arpège des temporalités passant dans l’air des chansons qui disent aussi l’hypnose des modes et l’enthousiasme de l’instant. Plus paradoxal et surtout moins essentiel d’allier voix, chant et espace… C’est pourtant sur ce point qu’ici nous allons insister en nous demandant, en un premier temps, sous quelles formes pertinentes chansons et territoires peuvent-ils se rencontrer et en un second temps, comment cette rencontre s’est-elle réalisée, manifestée dans l’exemple d’Edith Piaf qui, à l’instar de Brel se consumant au feu jailli de sa bouche , serait – si l’on en croit Daniel Bougnoux, spécialiste de la chanson française et francophone – une de ces rares chanteuses ayant à ce degré confondu les planches avec un bûcher.

PRÉCÉDENT <  PAGE  233 - 234 >  SUIVANT